Les forums Jasez
Politique et société

Connaissez-vous Brandolini ?

Tu es ici : Les forums Jasez » Politique et société » Connaissez-vous Brandolini ?
Répondre au sujet
Page(s) 1
Auteur Message
Répondre au sujet
Page(s) 1
equi_noxe1
95 Iqaluit
Abus Citer Posté le samedi 21 février 2026 à 10:40
En substance, la loi de Brandolini ..

” La loi de Brandolini, ou principe d'asymétrie du baratin (bullshit), stipule que la quantité d'énergie nécessaire pour réfuter une idiotie, une fausse information ou un mensonge est bien supérieure à celle nécessaire pour le produire. Formulé par l'informaticien italien Alberto Brandolini en 2013, cet adage souligne l'avantage structurel de la désinformation sur les réseaux sociaux. "
( wiki )

Réflexion pertinente dans la section Idées du Devoir ce matin.

Godwin, Brandolini et les distributeurs d’étiquettes automatiques
Dans une pensée binaire et manichéenne, les bons sont d’un côté et les mauvais de l’autre.

RÉJEAN BERGERON
L’auteur est philosophe et auteur de Je veux être un esclave, de L’école amnésique ou les enfants de Rousseau et de Homère, La vie et rien d’autre.

À l’école primaire, le 1er avril, on s’amusait à coller des poissons en papier dans le dos de nos professeurs. C e u x -ci, bons joueurs, et par respect pour cette vieille tradition, faisaient comme si de rien n’était. Et nous, on rigolait. Aujourd’hui, on ne rigole plus. À l’ère des réseaux sociaux et de la polarisation du discours, ce ne sont plus de naïfs poissons d’avril qui sont collés dans le dos de ceux qui sont ciblés, mais plutôt une multitude d’étiquettes infamantes.

Le fait d’étiqueter les gens ne date évidemment pas d’hier. En politique, par exemple, lorsqu’apparaît un nouveau chef de parti, ses adversaires, surtout s’ils se sentent menacés, s’empressent de le définir avant que le politicien novice ait le temps de le faire lui-même. On le traitera alors de soupe au lait, d’autoritaire, de coquille vide, de girouette, d’immature ou, s’il s’agit d’une femme, d’hystérique, etc.

Mais ce qui se passe actuellement sur les réseaux sociaux prend une tout autre dimension. Les étiquettes qui sont décernées sont beaucoup plus virulentes et excessives. Dire de quelqu’un qu’il est fasciste, raciste, transphobe, xénophobe, trumpiste, nazi, woke, d’extrême droite ou de la gauche radicale représente un échantillon des qualificatifs qui, sans vergogne, sont distribués à tout vent sur le Net.

Le point Godwin

En 1990, l’avocat américain Mike Godwin a énoncé le principe suivant : « Plus une discussion en ligne se prolonge, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de un. » En 2026, il doit être le premier surpris de constater qu’il n’est plus nécessaire de vraiment prolonger la discussion ou même d’en avoir une pour atteindre le fameux « point Godwin » qui porte dorénavant son nom. Dès qu’une personne ne pense pas comme vous sur les réseaux sociaux, c’est sur-le-champ, bien souvent, qu’elle vous mitraille de plusieurs étiquettes diffamatoires.

Ainsi, lorsque des influenceurs se positionnent, par exemple, contre le capitalisme, le patriarcat ou le grand remplacement et qu’ils finissent par voir les manifestations de ces phénomènes jusque dans leur soupe, presque tout peut devenir pour eux un objet de détestation et de condamnation catégorique et sans appel. Et ils ne s’en privent pas !

Pourquoi une pareille attitude et quels en sont les effets ?

Cet exercice d’étiquetage, qui consiste à essentialiser une personne, à la chosifier, a comme fonction première de la disqualifier auprès des autres pour en faire un être infréquentable. Lorsque cette opération de salissage est réussie, c’est comme si un cordon sanitaire avait été déroulé autour de la victime : personne contagieuse, gardez vos distances, peut mordre ou avoir la rage…

Marquer ainsi une personne au fer rouge peut aussi servir à l’intimider, à la faire taire, à la censurer, à la jeter en pâture à la vindicte populaire ou carrément à la faire souffrir. Car on le sait, se faire ainsi pointer du doigt par une meute de diffamateurs peut engendrer de la peur, un stress énorme, beaucoup d’angoisse et même mener parfois à la dépression ou au suicide.

La « loi » de Brandolini

Comment doit réagir une personne lorsqu’une horde de calomniateurs décide de s’en prendre à elle en l’étiquetant de manière excessive de toutes les épithètes ? Faire le dos rond en attendant que la tempête se calme ou répliquer d’une manière posée et rationnelle à ses détracteurs ?

Un peu en écho à ce genre de situation dans laquelle peut se retrouver une victime de diffamation, l’informaticien italien Alberto Brandolini y est allé de cette déclaration lors d’une conférence prononcée en 2013 : « La quantité d’énergie nécessaire pour réfuter des sottises […] est supérieure en ordre de grandeur à celle nécessaire pour les produire. » Contre quoi ce bullshit asymmetry principle, que certains traduisent par le principe d’asymétrie des baratins, nous met-il en garde ? Les mensonges et les insultes circulant plus rapidement que la vérité sur le Web, le temps et l’énergie qu’il faudrait investir pour rétablir les faits et sa réputation deviennent bien souvent incommensurables. Submergé par la haine et les attaques gratuites, il vaut mieux parfois et même souvent éviter de mettre le doigt dans cette machine infernale de la riposte qui, finalement, risque de vous broyer.

De toute façon, convaincus d’être dans le vrai, ces distributeurs d’étiquettes automatiques ne s’intéressent pas à ce que vous dites, n’ont aucun désir de débattre avec ceux qui ne pensent pas comme eux, surtout après l’entreprise de salissage qu’ils ont menée à terme et qui, par le fait même, vous ostracise et vous disqualifie de toute discussion possible.

D’ailleurs, distribuer ainsi des étiquettes diffamatoires ne peut que restreindre le champ de la pensée de ceux qui se livrent à un pareil exercice, tout en les condamnant à percevoir le monde à partir d’une pensée binaire et manichéenne où les bons sont d’un côté et les mauvais de l’autre. En fait, cette attitude fait surtout montre d’une grande paresse intellectuelle.

Mais au-delà des individus qui participent à cette polarisation du discours ou qui sont visés par ces derniers, c’est le climat social et la possibilité même d’une saine conversation démocratique qui se trouvent minés de l’intérieur, car, dans ce contexte, discuter, communiquer, débattre calmement et respectueusement devient une entreprise de plus en plus impossible.


Godwin, Brandolini et les distributeurs d’étiquettes automatiques

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/958017/godwin-brandolini-distributeurs-etiquettes-automatiques

Modifié le samedi 21 février 2026 à 10:44

marceau24
44 Montréal
Abus Citer Posté le samedi 21 février 2026 à 10:52
J'aurais jamais pensé à ça.

Merci.

Modifié le samedi 21 février 2026 à 11:23

marceau24
44 Montréal
Abus Citer Posté le samedi 21 février 2026 à 19:06
Je pense à ça: beaucoup plus facile de détruire une vitre que de la faire. Beaucoup plus d'énergie est requis.