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Les Valets de la selle

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nameeffoc
58 Montréal
Abus Citer Posté le mercredi 25 février 2026 à 07:09
DE L'INTENDANT DE LA CROTTE AU LÉCHEUX DE BOTTES : LE VRAI VISAGE DU POUVOIR

L’histoire de la puissance n’est pas celle des discours de balcon, mais celle de l’ombre et de l’intimité crue. Pour comprendre comment le monde est dirigé, il faut suivre ceux qui ont accepté de s'approcher de la zone la plus triviale de l'autorité : le cul du Roi.

I. LA GENÈSE DU VALET DE SELLE : L'INTIMITÉ COMME INSTITUTION

Le poste ne naît pas d'une volonté d'humiliation, mais d'une nécessité logistique. Au Moyen-Âge, il s'agit d'un serviteur de la « Garde-Robe ». À une époque où le roi voyageait sans cesse de château en château, il fallait quelqu'un pour transporter, installer et entretenir la chaise percée (un coffre en bois recouvert de velours ou de cuir contenant un bassin en étain ou en argent).

Sous les Tudors (fin XVe), la fonction s'institutionnalise. C'est Henri VII, roi paranoïaque et obsédé par ses finances, qui transforme le Groom of the Stool en une véritable puissance politique. Il décide que celui qui gère son intimité physique gérera aussi sa Cassette Personnelle (la Privy Purse). Le valet de chambre devient alors un haut fonctionnaire des finances.

II. UNE FORTUNE DANS UN BASSIN : SALAIRE ET PRIVILÈGES

Le « salaire » officiel n'était que la partie émergée de l'iceberg. Être valet de la selle, c'était l'assurance de devenir l'un des hommes les plus riches du royaume.

Le revenu direct : Sous Henri VIII, un valet comme Sir William Compton gagnait environ 2 000 £ par an (soit environ 4,6 millions $ CAD aujourd'hui). C’était le revenu d'un grand noble ou d'un évêque richissime.

Les « perks » (avantages en nature) : * Les vêtements royaux : Le valet récupérait les habits usagés du roi. À une époque où un seul pourpoint brodé d'or valait le prix d'une maison, c'était un trésor.

Le mobilier : Il héritait souvent du linge de lit et des meubles de la chambre royale lorsqu'ils étaient renouvelés.

L'influence monnayée : Le vrai salaire venait des pots-de-vin. Les courtisans payaient des fortunes au valet pour qu'il glisse un mot en leur faveur à l'oreille du roi pendant qu'il « siégeait », profitant de ce moment de détente forcée.

III. LE GENRE ET L’ÉTIQUETTE : ET POUR LA REINE ?

La pudeur et le genre ont imposé des règles strictes. Jamais un homme n'aurait pu assumer cette fonction pour une reine pour des raisons évidentes de moralité.

Pour les reines comme Marie Ière ou Élisabeth Ière, la fonction était assurée par des femmes de la haute noblesse : les Ladies of the Bedchamber. Le titre de « Groom of the Stool », jugé trop graphique pour une femme, disparaissait au profit de la gestion de la « chambre » ou de la « robe », bien que les tâches de nettoyage restent identiques.

À Versailles, sous Marie-Antoinette, le rituel était si codifié qu'il devenait un enjeu de hiérarchie : si une princesse de sang entrait pendant que la reine était sur sa chaise, la femme de chambre devait immédiatement lui passer le relais. S'occuper des besoins naturels de la souveraine était considéré comme un honneur suprême.

IV. DE LA GARDE-ROBE À LA CASSETTE : LE DOUBLE MINISTÈRE

Le Valet de Selle contrôlait les deux leviers de l'image et de l'argent :

La Garde-robe (The Wardrobe) : Bien plus qu'un placard, c'était un département d'État. Le valet y gérait l'armure, les bijoux, les fourrures et les stocks de tissus précieux. Comme la Garde-robe gérait aussi les cadeaux diplomatiques, le valet avait un inventaire colossal et stratégique entre les mains.

La Cassette Personnelle (The Privy Purse) : C'était le budget personnel du souverain (paris de jeu, sports, bijoux, récompenses secrètes), distinct des finances publiques. Le valet, en tant que Gardien de la Cassette, gérait cet argent. Pour obtenir une faveur financière, il fallait passer par l'homme qui vous assistait dans vos besoins les plus privés : le cumul de mandats ultime.

V. ANECDOTES : ENTRE TERREUR ET DÉVOTION

Le « Bouncer » royal : Le valet de la selle était le seul à pouvoir verrouiller la porte de la chambre du roi de l'intérieur, faisant de lui le videur ultime du palais.

Le diagnostic médical : Le valet devait inspecter quotidiennement les selles du roi et en faire un rapport au médecin. Il était, avant l'heure, un moniteur de santé publique au service d'un seul homme.

CONCLUSION :

Aujourd’hui, la plomberie a relégué ce métier aux musées, mais le vide a été comblé par une nouvelle caste : les lobbyistes et conseillers en image. Ils ne tiennent plus l'éponge, mais ils tiennent le « narratif ».

Le parallèle est total. Tout comme le valet de la selle filtrait les entrées de la chambre royale, le lobbyiste moderne filtre l'information qui parvient au décideur. On ne flatte plus le transit, on flatte l'ego. On n'essuie plus les restes d'un banquet, on éponge les scandales médiatiques. Le « lèche-bottes » contemporain rend le politicien présentable en masquant sa finitude derrière des éléments de langage.

Passer de l'intendant de la selle aux lobbyistes d'aujourd'hui est une simple évolution technique de la flagornerie. La stratégie est identique : s'approcher au plus près de la source du pouvoir pour transformer la petitesse humaine du chef en une opportunité de fortune personnelle.

« Car au fond, peu importe le siècle : pour diriger ceux qui nous gouvernent, il faut d’abord accepter de gérer leur merde. »

Modifié le mercredi 25 février 2026 à 07:11

johnjean
65 Longueuil
Abus Citer Posté le mercredi 25 février 2026 à 09:33
En résumé, le dit personnage s'occupait de tous les ''superflus '' Royaux...c'est à dire:: diarrée, tourista, gastro....genre...lol
kalamine
100 Canada
Abus Citer Posté le mercredi 25 février 2026 à 11:29
Citation de "johnjean"En résumé, le dit personnage s'occupait de tous les ''superflus '' Royaux...c'est à dire:: diarrée, tourista, gastro....genre...lol

Une fonction payante, mais nulle à chier.. loll !